Histoires, anecdotes et légendes acadiennes
par Roger Hétu
Grand-Pré, Bassin des Mines, Acadie.

 

Acadiens ou Loyalistes ?

Seize années après le décès (1760) du gouverneur de la Nouvelle Écosse, Charles Lawrence, un groupe de trois Acadiens de Yamachiche s'enrôlèrent dans l'armé américaine, et prirent les armes sous le général Montgomery, contre l'Angleterre.

Le fantôme de Lawrence a dû sortir des ténèbres pour interpeller ses dénigreurs par un "See! I told you so". Après tous les mauvais traitements reçus de l'Angleterre il est étonnant d'apprendre que seulement trois de ces "dangereux" Acadiens, installés à Yamachiche, participèrent à cette expédition.

Ces acadiens, identifiés dans les rapports militaires américains, sont Gregory Strahan, Joseph Green et Paul Landree. Ils étaient nul autres que Grégoire Trahan, Joseph Grigne dit Mélançon et Paul Landry. Tous trois habitaient le rang de la Grande Acadie de Yamachiche, une paroisse du Québec située entre Trois-Rivières et Berthier-en-Haut.

Ces trois aventuriers faisaient partie d'un fort contingent d'acadiens qui arrivèrent en même temps des colonies britanniques. Ils occupèrent entièrement le troisième rang du fief Grosbois, voisin de la seigneurie Grandpré. Ce rang fut nommé La Grande Acadie. De plus, les Acadiens occupaient en partie le rang de La Petite Acadie, le rang du Pie-dur devenu la paroisse St-Sévère et le rang St-Joseph devenu la paroisse St-Barnabé. Il s'agissait des familles  LeBlanc, AuCoingt, Pellerin, Landry, Doucet, Trahan, Leroy, Grigne dit Mélançon, Thibaudeau et Ebert.

Paul Landry, qui plus tard était appelé le père Grand Paul, était le second voisin à l'ouest de la propriété de 80 acres de Grégoire Trahan. Les Crigne dit Mélançon étaient le quatrième voisin à l'est des Trahan.

Or, on se souviendra que Montgomery fut tué au siège de Québec. Suite à cette défaite de l'armée américaine, nos trois aventuriers reçoivent leur décharge. Ayant servis dans l'armée ennemie, ils ne pouvaient rester au Canada. Ils attendirent le traité de paix, en exil à Philadelphie.
Il va sans dire que cet événement fit sensation dans le rang La Grande Acadie de Yamachiche. La paix conclue, Grégoire Trahan revient voir sa famille. Les Acadiens n'avaient-ils point signé le serment d'allégeance à la couronne britannique? Parole d'Acadien… Grégoire Trahan fut puni par ses pairs. Sa terre lui fut enlevée et il fut traité de rebelle. Connaissant bien l'importance des liens familiaux chez les Acadiens, on ne s'étonnera pas d'apprendre que Trahan ne put tolérer d'être rejeté et il dut s'exiler. C'est à Philadelphie qu'il mourut en 1811.

Et dire que Lawrence et sa suite considéraient comme suspecte la loyauté acadienne…

Le fils de Grégoire, Joseph, en son nom, au nom de sa mère Marguerite, ses frères Paul et Charles ainsi que sa sœur Mary, poursuivit la pétition débutée par son père en 1810. Cette requête visait à obtenir la récompense accordée à ceux qui avaient servi dans l'armée révolutionnaire. Les cinq héritiers eurent gain de cause: soit un octroi de plus de mille acres de terre près du lac Érié.

Grégoire Trahan était le fils de Charles et Anne Landry. Il est né à Grand-Pré en 1752. Il fut déporté en Nouvelle-Angleterre d'où il émigra à Yamachiche vers 1765. Il épouse Marguerite Bourg le 18 septembre 1780 à Philadelphie.  Cette dernière était la fille de Benoni Bourg et Françoise LeBlanc.

Source: Les Bases de l'Histoire de Yamachiche, pp 165-182; R. Bellemare